Psychiatrie-psychothérapie d'inspiration philosophique et chrétienne


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rythmes circadiens interview journal Construire

psychiatrie - psychothérapie

Fin mars 2011, une journaliste du journal de la Migros, Construire) a sollicité une interview téléphonique de ma part concernant les rythmes nycthéméraux.
Craignant une tendance de certains journalistes à déformer les propos, j'ai proposé que la journaliste me pose les questions par écrit et que j'y réponde par écrit.

Quelques jours plus tard je découvre dans le journal Construire du 7 avril un petit encart vaguement inspiré de mes propos.

J'ai contacté la journaliste qui s'en est excusée tout en reportant la responsabilité sur la rédaction.

J'ai donc décidé de mettre sur mon site l'intégrale de cet interview afin que mes lecteurs, certainement moins nombreux que ceux de Construire, aient une information un peu plus consistante sur le sujet.
Pour ceux que cela intéresse j'ai également mis une copie de l'encart paru dans le Construire, question de pouvoir faire la comparaison....

Interview sur le rythmes circadiens
Les questions en gras sont posées par la journaliste du journal Construire


Qu’est-ce qu’une bonne nuit de sommeil
Le marquis de Lapalice vous dirait qu’une bonne nuit de sommeil est celle qui vous laisse frais et dispos pour démarrer une nouvelle journée avec plaisir, compétence et énergie. Mais si cette évidence ne souffre aucune contradiction, l’on sait maintenant que les conditions d’un sommeil réparateur sont complexes et précises, même si elles peuvent légèrement varier d’un individu à l’autre.
Jusqu’au 19 siècle le sommeil était un mystère complet. Selon la mythologie grecque, Hypnos, le dieu du sommeil était le frère de Thanatosles Anciens pensaient que pendant le sommeil l’âme quittait le corps et qu’elle y revenait au réveil. Certains nourrissaient donc la crainte que l’âme ne retrouve pas le chemin du corps au matin

Ce n’est que dans les années 50 que l’on a commencé à aborder la question du sommeil sous un angle scientifique. Les premières études, mesurant l’activité électrique du cerveau (avec l’électroencéphalogramme) ont montré que ce dernier n’est pas du tout inactif pendant la nuit. Sur un autre plan, la psychanalyse a démontré que l’activité onirique (rêves) a des contenus qui ont une signification qu’il s’agit de décoder, un peu comme Champollion l’a fait pour les hiéroglyphes égyptiennes.
Le sommeil, qui occupe environ le 1/3 de notre vie humaine, n’est donc pas simplement une absence ou une diminution de l’activité du cerveau et de l’organisme, mais un état différent au cours desquels se déroulent des processus vitaux essentiels.
Le sommeil a une
architecture bien définie et chaque nuit est constituée par une succession de 3 à 6 cycles d’une durée de 1h30 à 2h chacun. A chaque cycle le dormeur passe par des stades, caractérisées par des ondes électriques cérébrales typiques et par une activité spécifique de l’organismela schématisation de ces phases s’appelle un hypnogramme.

hypnogramme

Au stade 1 (somnolence), marqué par les bâillements et le picotement des yeux, la vigilance fait place à la somnolence, la fréquence cardiaque et respiratoire diminuent, la température du corps baisse, les muscles peuvent présenter des petites secousses, l’esprit commence à «érailler» avec des idées plus ou moins incohérentes et farfelues et de petites visions (hypnagogiques) qui traversent l’esprit (rêve éveillé).
Ce stade est court, une vingtaine de minutes environ.
Inutile de préciser que c’est le bon moment pour aller se coucher ou, mieux, d’être déjà être au lit avec un bon livre. Si c’est pendant la conférence de notre patron que nous sommes surpris par ce stade, c’est ennuyeux. Mais si c’est au volant de notre voiture, nous risquons bien de remplacer le stade 2 par un bel accident et un coma à l’hôpital, si nous n’avons pas la sagesse de faire une petite pause parking.
Le stade 2 (sommeil léger) est une phase où le dormeur est déjà assoupi. Sa perception du monde extérieur est réduite, mais un bruit léger peut facilement le réveillerc’est la hantise des cambrioleurs.
Aux stades 3 et 4 (sommeil lent profond), le dormeur est presque totalement isolé du monde extérieur et il est difficile de le réveiller. Les muscles sont totalement relâchés, la température est basse et la respiration très lente et régulière. Un trouble bien connu de cette phase du sommeil est le somnambulisme. Cette étape est essentielle puisqu’elle permet de récupérer de la fatigue physique, de sécréter des hormones importantes (hormone de croissance, prolactine) et de refaire les stocks de carburant pour le cerveau (glycogène, protéines).
Il y a enfin le stade 5 (sommeil rapide) qu’on appelle aussi sommeil paradoxal, parce que, bien qu’elle soit endormie, la personne donne l’impression de s’activerles yeux bougent sous les paupières, le visage s’anime d’expressions, le pouls et la respiration s’accélèrent, une érection se produit souvent chez l'homme et le clitoris de la femme augmente de volume. C’est aussi le stade privilégié des rêves, mais encore celui où nous «étabolisons» les émotions et tensions de la journée, et où nous trions les informations pour retenir l’essentiel et supprimer l’inutile.
En résumé, le sommeil n’est pas une perte de temps ni une petite mort mais bien un moment de vie essentiel à notre croissance et à notre équilibre physique, psychique, voire spirituel (cf. les songes)!

Comment définir un rythme circadien (si possible assez simplement)


Circadien signifie étymologiquement «» (circa) d’un «» (diem). Un rythme circadien est donc un phénomène qui survient à une cadence régulière d’environ 24 heures. L’on parle aussi de rythme nycthéméral (du grec
nyx = nuit et hêméra = jour).
En 1729 Jean Jacques d'Ortous de Mairan fait une première expérience toute simple à l’origine de la découverte des rythmes circadiens: il observe que l’alternance d'ouverture et de fermeture des feuilles de mimosa persiste lorsqu’il garde la plante dans l’obscurité. Il avait démontré que cette dernière possède un
horloge biologique interne indépendante de l’influence externe des rayons du soleil.
Des horloges biologiques circadiennes internes ont par la suite été mises en évidence dans l'ensemble du règne animal et végétal, et bien sûr chez l’être humain. On a même démontré que certaines cellules isolées en laboratoire continuent à présenter une rythmicité fonctionnelle circadienne, et agissent comme de véritables pacemaker autonomes.

Et, surprise, on a découvert ces dernières années que notre organisme a de nombreuses horloges circadiennes autonomes pour de nombreuses fonctions comme la température corporelle, la sécrétion d’hormones (cortisol, mélatonine), le rythme cardiaque, le niveau d'éveil, l'humeur, la vigilance, la mémoire etc. Ces horloges n’ont pas spontanément le même rythme circadien. Ce serait même l’anarchie si nous n’avions pas une horloge biologique centrale qui remet à l’heure toutes les fonctions du corps chaque jour, un peu comme un chef d’orchestre qui garde en harmonie les différents instruments de l’orchestre.

Ce chef d’orchestre (le noyau suprachiasmatique) est un petit centre cérébral de la taille d’une tête d’épingle situé juste derrière la racine du nez. Sa position stratégique lui permet d’être branché sur les yeux par des filets nerveux qui lui indiquent en permanence le niveau de luminosité ambiante. Mais attention, si le noyau suprachiasmatique est fortement influencé par le degré de luminosité il est de lui-même une horloge avec un rythme autonome qui peut génétiquement varier d’un individu à l’autre, mais en général légèrement supérieur à 24 heures chez les personnes qui vivent des séjours expérimentaux dans l’obscurité. Et, si l’on détruit les noyaux suprachiasmatiques de rats, on désorganise complètement leurs activités rythmiques comme l’alternance veille-sommeil ou les variations cycliques de la température du corps. Corollairement, si l’on greffe à ces animaux lésés les noyaux d'un foetus de rat, on rétablit les rythmes.


A quoi sert le rythme circadien

Tout est rythmique dans l’univers et les contraires se complètent et s’enrichissent mutuellement plutôt qu’ils ne s’opposent. Pourquoi et comment faut-il recharger son téléphone portableCertains diront qu’il faut le recharger quand les batteries sont à plat. Mais certains auront la prudence de le faire chaque jour pour éviter les pannes. Il en est de même pour notre organisme qui obéit aux lois de l’équilibre que l’on appelle
homéostasie. L’homéostasie fonctionne comme une balancependant la phase d’éveil le poids de la fatigue augmente jusqu’à pencher du côté du sommeil. La faim augmente progressivement jusqu’à nécessiter de manger. Il en est ainsi pour toutes les fonctions du corps et de l’esprit qui balancent entre activité et repos, mouvement et récupération.
Imaginez dès lors que chaque fonction du corps joue les individualistesl’estomac affamé demanderait à manger en pleine nuit, les muscles reposés se mettraient à s’activer en plein sommeil, le cœur devrait s’activer en même temps pour la course et la digestionça deviendrait l’anarchie complète dans l’organisme, sans parler des problèmes relationnels et sociaux puisque chacun mangerait à des heures décalées, etc. N’est-ce pas un peu le problème de notre société individualiste où chacun veut voir ses besoins immédiatement assouvis.
Le rythme circadien sert donc à synchroniser les différentes fonctions de l’organisme, à harmoniser les individus avec l’univers et est en plus la condition sine qua non d’une vie sociale.

Avons-nous tous le même rythme circadien

Non! En moyenne les adultes ont besoin de 7 à 9h de sommeil et en avançant en âge on a tendance à dormir moins longtemps.
Par ailleurs le rythme propre de notre horloge interne est codifié génétiquement et les personnes peuvent grossièrement se répartir en petits dormeurs qui se contentent de 5 heures de sommeil et en grands dormeurs qui ont besoin de 9 à 10 heures de sommeil pour être en forme. On distingue aussi nettement les couche-tôt et les couche tard. Une équipe californienne (dirigée par le Pr. Ying-Hui Fu) a pu isoler des gènes impliqués dans la régulation des rythmes circadiens et démontrer que dans une même famille une mutation pouvait diminuer le besoin de sommeil de plus de 2 heures sans entraîner de problèmes de santé.
Il en est donc des rythmes circadiens, comme de toutes les autres caractéristiques de nos viesil y a des lois rigoureuses qui nous régissent mais ces lois sont complexes et plus ou moins variables selon les individus. Certaines personnes peuvent manger beaucoup sans grossir, d’autres prennent du poids en mangeant peu. L’antique précepte inscrit au fronton du temple de Delphes reste d’actualité«toi-même»

Dort-on aussi bien le jour que la nuit

Non, même s’il peut y avoir des exceptions et si cela dépend en partie des conditions de sommeil (bruit, lumière, etc.). En général les travailleurs de nuit dorment en moyenne deux heures de moins que les travailleurs de jour et certains ne dorment que quelques heures très souvent entrecoupées d’éveil.

A long terme, quelles sont les conséquences d’horaires irréguliers sur la santé physique et mentale

A l’ère de la banalisation des voyages au long cours, nombreux sont ceux qui ont déjà fait la désagréable expérience du fameux jet lag syndrome (de jetavion, et lagdécalage) particulièrement redouté par les sportifs d’élite inscrits à des compétitions à l’autre bout du monde. Le jet lag correspond à une désynchronisation des rythmes biologiquesnous nous sentons déphasés et nous le sommes réellement. Ainsi, les heures de repas, l'activité et l'endormissement sont décalés pour un individu donné par rapport à ses habitudes. L’organisme a une grande inertie dans l’adaptation à la modification des signaux du temps externe, en particulier à l’alternance jour-nuit, même si le déplacement de l’heure des repas peut déjà suffire à le perturber. Après un décalage horaire de 6 heures, on considère qu’il faut trois jours pour réajuster les rythmes veille-sommeil, 7 jours pour régulariser les cycles de température et jusqu’à plusieurs semaines pour adapter celle des hormones. Subjectivement cela se traduit par de la fatigue, des troubles de la concentration et de l’appétit, de l’irritabilité, de la peine à s’endormir qui peuvent aller jusqu’à une mini-dépression chez les personnes prédisposées. De manière beaucoup moins anecdotique, la médecine du travail doit faire face aux problèmes et aux troubles physiques et psychiques générés par les horaires atypiques ou de nuit qui concernent pas moins d’1/5 à 1/4 des professionnels dans des domaines aussi divers que les soins, la police, la sécurité, les transports, la poste, la restauration, l’industrie, etc. Essayez d’être au sommet de vos performances intellectuelles et physiques lorsque votre horloge interne vous rappelle sans arrêt qu’il est temps de dormir et que vos hormones du stress (cortisol) ont une concentration au plancher. (L’adrénaline et le cortisol sont les deux hormones qui augmentent les capacités d’adaptation au stress. Le cortisol n’est normalement presque plus sécrété en milieu de nuit et remonte pour atteindre un pic maximal entre 6h00 et 8h00 du matin.)
Les études montrent qu’il y a un pic d’accidents, entre 2 et 4 h du matin et que les accidents du travail sont plus fréquents la nuit.
Chez les travailleurs de nuit, les perturbations des rythmes biologiques ajoutés à la privation aiguë et chronique de sommeil s’accompagnent d’une augmentation significative de troubles médicaux variés tels que dépression, problèmes digestifs, sensibilité aux infections, palpitations cardiaques ainsi qu’une augmentation du risque de dépendance à l’alcool et aux somnifères. Et cette tendance s’accentue au fur et à mesure de l’avancée en âge du travailleur.

Et sur la vie sociale
Je l’ai déjà dit, la vie sociale est fortement conditionnée par les rythmes biologiques. Autant la règle monastique de St Benoît a pu contribuer à souder la vie des moines en rythmant communautairement leurs activités, autant l’ère moderne, individualiste jusque dans la manière de gérer les horaires, représente un risque de rupture. Ruptures dans le couple, ruptures dans la famille, ruptures des cercles d’amitié, etc. Sartre disait que l’enfer c’est les autres, mais le vrai enfer, pour l’animal social qu’est l’homme, n’est-il pas plutôt l’isolement des autres !?

Comment faire lorsque son rythme est décalé par rapport aux autres et principalement par rapport aux membres de sa famille, son partenaire

Il n’y a malheureusement pas de solution miracle. Naturellement, l’homme est lié aux cycles de la nature et en particulier à l’alternance du jour et de la nuit et perturber c’est équilibre peut difficilement se faire sans dommage. Un spécialiste du sommeil, le Pr Jouvet disait, pessimiste,
"la lumière électrique à tout foutu par terre".
Il faut bien vivre avec son temps, mais un contexte de décalage des horaires entre les membres d’un couple et d’une famille doit être considéré comme un facteur de risque important pour leur cohésion et leur équilibre. La prudence leur recommandera de tout mettre en œuvre pour faire coïncider certaines activités communespromenades, repas, relations intimes, etc. Sinon ils risquent bien, à force de vivre sur une autre planète, de ne plus se comprendre ni se reconnaître.



Voici maintenant ci-dessous, la version de l'interview du journal Construire, pour ceux qui aiment les résumés de résumés...





copie d'un article paru dans le journal Construire sur les rythmes nycthéméraux

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