Psychiatrie-psychothérapie d'inspiration philosophique et chrétienne


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défenses

psychiatrie - psychothérapie

Les DEFENSES
dans une optique de psychologie médicale





INTRODUCTION


Si l’on se réfère à un dictionnaire de psychologie éclectique (Dictionnaire de la psychologie, Fröhlich, Livre de poche, 1997), l’on peut trouver sous « défenses » trois pistes :

1° Dans une définition générale, correspondant au sens commun, on parle de réaction de défense ou de réaction défensive pour tout comportement visant à diminuer l’influence de sources de danger ou de menace, p.ex. en endiguant leur action grâce à des mesures de protection, en se retirant par la fuite ou en les combattant activement.

2° Dans le courant comportementaliste, on peut trouver le réflexe de défense ou défensif de Pavlov qui désigne la réaction immédiate des animaux supérieurs et des être humains à des stimuli intenses. Il s’accompagne, en plus de mouvements de protection et de détournement, d’une augmentation de la fréquence cardiaque ; lorsque le stimulus est présenté de manière suffisamment intense et répétitive, les signes de sensibilisation persistante prédominent sur les signes d’habituation.

C’est l’habituation (correspondant à l’apprivoisement des animaux sauvages) qu’on utilise dans les thérapies comportementales. Par des « expositions » dosées à la situation anxiogène, on va désensibiliser la personne à son trouble, dans le même esprit qu’une désensibilisation allergique. Les animaux sauvages des parcs publics, zoos etc.., finissent par avoir moins peur des hommes, à force de les côtoyer.

3° La défense psychique dans l’optique psychanalytique. En parcourant la littérature psychiatrique et psychologique il faut bien admettre que c’est ce courant qui influence la plupart des définitions et des études approfondies concernant les défenses. Je donnerai plus loin cette définition psychanalytique des défenses, qui sera le fondement de notre étude.


HISTORIQUE

Rendons à Freud ce qui est à Freud : c’est lui qui le premier a employé le terme de défense, dans des articles concernant les psychonévroses de défense, l’hystérie, les phobies et les obsessions en particulier. Il écrit que la défense est « le point nucléaire du mécanisme psychique des névroses en question ». Il spécifie même les diverses névroses par des mécanismes défensifs particuliers : la conversion de l’affect dans l’hystérie, la transposition ou le déplacement de l’affect dans la névrose obsessionnelle. Le père de la psychanalyse a encore décrit, entre 1900 et 1930, plusieurs autres de ces mécanismes : la régression, la sublimation et la formation réactionnelle, la projection, le retournement contre soi et la transformation en contraire, l’introjection ou l’identification, l’annulation rétroactive et l’isolation.

Mais c’est sa fille, Anna Freud, qui a donné une place essentielle au concept de défense. La première, elle entreprit une étude complète et systématique de la question. Sa monographie le moi et les mécanismes de défense est paru en 1936. Jusque là, les psychanalystes s’intéressaient surtout à l’inconscient. L’ambiance était à l’exploration des phénomènes psychiques les plus en profondeur. La valeur d’un analyste se discutait au degré d’éloignement de « la surface » de son investigation. Bref on s’intéressait peu au moi (conscient, en partie au moins, capable d’établir des relations d’objet dans le fantasme et aussi dans la réalité). Cela fit d’ailleurs qualifier Anna d’hérétique par certains psychanalystes orthodoxes et surtout rigides.

Deux autres noms qui ont apporté une contribution essentielle au domaine méritent d’être cités :

Mélanie Klein (1882-1960), pédiatre d’origine viennoise intéressée très tôt à la psychanalyse, alla s’installer à Londre où elle se singularisa par son travail avec les enfants. Elle était la première à penser qu’on peut interpréter chez eux, le comportement et les états émotionnels, en les observant jouer (à l’origine de la psychothérapie pédo-psychiatrique). Elle a parlé de mécanismes de défense chez le nourrisson déjà. On lui doit la description du clivage, de l’idéalisation et de l’identification projective.

O. Kernberg, s’est distingué par ses études sur les états-limites (borderline). Il a approfondi le clivage en lui donnant une place fondamentale dans les états-limites. Il a décrit d’autres mécanismes de défense présents dans cette pathologie comme l’idéalisation primitive, le déni primitif, la toute puissance, la dépréciation et l’identification projective.

Pour le reste, il serait illusoire de vouloir citer tous les noms qui ont joué un rôle dans le progrès de la compréhension des mécanismes de défense au cours du dernier quart de notre siècle. Dans un premier temps la montée de la psychopathologie athéorique ( qui a donné notamment le DSM et la CIM) semblait vouloir balayer ce concept, dans une optique de purification pour atteindre un consensus général. Cette arrogance de départ a vite laissé la place aux voix qui rappelaient à la raison : « ne jetons pas avec l’eau du bain le bébé de la psychanalyse ». Les publications contemporaines sur le sujet ont continué d’augmenter tous azimuts dans les milieux psychanalytiques mais aussi dans ses dérivés plus ou moins orthodoxes et même franchement hétérodoxes.

Les mécanismes de défense ont fait mieux que se défendre, ils sont plébiscités par leur ancienne menace : le DSM IV lui-même propose une échelle de fonctionnement défensif, reconnaissant que l’appréhension du fait psychopathologique ne peut se passer de cette notion.

Je dirais que les mécanismes de défense ont été intégrés par notre culture, comme la notion d’inconscient, pour preuve cette définition dans le Robert : Les défenses, mécanismes inconscients par lesquels l’ego rejette certains éléments affectifs, certaines pulsions.

On s’intéresse beaucoup actuellement aux définitions et aux relations entre les différents mécanismes de défense, à leur stabilité (ou/et leur changement) dans les diverses psychopathologies et au cours des thérapies (Bergeret p.ex), le fonctionnement défensif au cours des maladies physiques et à l’approche de la mort (stades de Kübler-Ross), l’évolution des défenses au cours de la vie et dans différentes ethnies ; on cherche même à développer des instruments d’évaluation des défenses plus ou moins quantitatifs.

Ceci montre bien aussi l’évolution et le brassage des mentalités en psychiatrie et en psychologie. Persuadé qu’une psychopathologie intégrative est possible, bien que difficile, je me réjouis de ces développements favorables à un éclectisme intégratif qui veut se nourrir de toutes les bonnes doctrines mais n’a pas grande sympathie pour les doctrinaires et les querelles d’écoles. C’était la voie déjà proposée il y a un demi siècle par un maître français, Henri Ey, trop peu étudié dans notre formation en pays de Vaud.


DEFINITIONS

Pour mieux comprendre les définitions qui vont suivre, il est indispensable de faire un rappel des notions de base de la psychanalyse.

Freud a élaboré une théorie générale du psychisme qu’il a appelée métapsychologie. « J’appelle ainsi un mode d’observation d’après lequel chaque processus psychique est envisagé d’après les trois coordonnées de la dynamique, de la topique et l’économie.(Freud, Ma vie et la psychanalyse)

Point de vue économique :
Il découle de l’hypothèse selon laquelle les processus psychiques consistent en la circulation et la répartition d’une énergie qui vient des pulsions. L’appareil psychique ne peut fonctionner qu’à partir d’une certaine quantité d’énergie, appelée aussi quantum d’affect. L’affect est l’émotion suscitée lors d’un événement désagréable ou agréable, qui peut se manifester à la fois psychiquement et physiquement (c’est le cas de l’angoisse, de la colère et de la tendresse)

Si une personne exécute sans frein l’action commandée par la pulsion et l’affect, il y aura une satisfaction immédiate du besoin. L’énergie psychique est sans contrôle et fonctionne alors selon ce qu’on appelle le principe de plaisir. Ce mode de fonctionnement est qualifié de processus primaire. L’inconscient est par excellence le lieu du processus primaire.

Au contraire, le processus secondaire est caractérisé par des contrôles de l’énergie pulsionnelle. Il caractérise la pensée réflexive et organisée. Il est régi par le principe de réalité.

Point de vue topique :
Le terme évoque éthymologiquement l’étude des lieux. Dans ses deux topiques successives, Freud, sûrement influencé par les théories anatomo-physiologiques des localisations cérébrales de l’époque, a donné une description de l’appareil psychique selon une métaphore spatiale. Dans la première topique (1895) il distingue trois systèmes : l’inconscient, le préconscient et le conscient. Dans la seconde (1923), il remplace ces systèmes par trois instances : le ça, le moi et le surmoi.

Le Ca est le pôle pulsionnel de la personnalité. Son contenu a soit une base biologique marquée par l’hérédité, soit une base acquise déterminée par le vécu qui a été refoulé pour toutes sortes de raisons. Le ça peut aussi être considéré comme le réservoir de l’énergie psychique, source d’élan vital.

Le Surmoi a un rôle assimilable à celui d’un juge à l’égard du moi. Sa fonction se manifeste pour Freud dans la conscience morale, l’auto-observation et la formation d’idéaux notamment. Il se constitue par intériorisation des exigences et des interdits parentaux.

Le Moi représente l’instance médiatrice chargées des intérêts de la totalité de la personne. De ce fait le moi est en relation autant avec les pulsions du ça (principe de plaisir), qu’avec les exigences du surmoi (principe de réalité).

En une phrase on peut résumer : il y a d’un côté les poussées pulsionnelles qui émergent du ça, de l’autre les interdits du surmoi, et au milieu le moi qui intègre les deux.

Point de vue dynamique
C’est celui qui nous concerne le plus directement dans notre étude des mécanismes de défense. C’est un point de vue où l’on considère les conflits entre les forces psychiques qui s’opposent. Le moi, pour assurer une protection du sujet contre de trop fortes tensions émotionnelle, comme une angoisse insupportable liée à un gros stress, va développer des « stratégies » tenant compte du surmoi et du ça : c’est ce qu’on appelle les mécanismes de défense dont je peux donner maintenant une définition élaborée en les situant dans l’ensemble de l’appareil psychique.


DEFINITION DES MECANISMES DE DEFENSES


Les mécanismes de défense ont une fonction homéostasique. Elles constituent l’ensemble des opérations dont la finalité est de réduire ou de supprimer toute modification susceptible de mettre en danger l’intégrité et la constance de l’individu biopsychologique. Dans la mesure où le moi se constitue comme instance qui incarne cette constance et qui cherche à la maintenir, il peut être décrit comme l’enjeu et l’agent de ces opérations.

Les défenses peuvent intervenir tant dans un contexte normal que pathologique. Même s’ils ont été mis en évidence en premier dans les névroses où elles peuvent en faire la caractéristique (conversion hystérique p.ex), ils interviennent naturellement dans un fonctionnement psychique normal et aussi dans la formation de la personnalité et son évolution tout au cours de la vie. Anna Freud en donnait une bonne analogie : les armes, comme une lance ou un fusil, ont une fonction spécifique mais la même fonction de combat peut être opérée par une poêle à frire dont la première fonction, non déviée, est toute différente.(De nos jours le rouleau à pâte semble avoir supplanté la poêle à frire : on arrête pas le progrès !)


LISTE ET CLASSIFICATION DES DEFENSES

Au début de son ouvrage, le Moi et les Mécanismes de défense (1936), Anna Freud a donné une liste, devenue classique, de 10 mécanismes de défenses

1) le refoulement

2) la régression

3) la formation réactionnelle

4) l’isolation

5) l’annulation rétroactive

6) la projection

7) l’introjection

8) le retournement contre soi

9) la transformation en son contraire

10) la sublimation.


Mais elle disait elle-même que cette liste n’est bien-sûr pas définitive.

A la question « combien y a-t-il de défenses » la réponse, un brin humoristique, mais la seule exhaustive, est celle de Vaillant (1993) : « il y a autant de défenses que notre imagination, notre témérité ou notre aisance verbale nous permettent d’en inventorier.»

Raisonnablement l’on peut retenir une liste d’une trentaine de mécanisme de défenses, en tenant compte de différents classements largement reconnus. Je vous en fourni un TABLEAU EN ANNEXE 1.


PRESENTATION DE QUELQUES MECANISMES DE DEFENSE


Je me limiterai à la description des dix défenses retenues par A. Freud plus le déni. Ce sont celles qui, me semble-t-il, ont été le mieux adoptées par la psychologie générale et même par la culture populaire pour faire pratiquement partie du langage courant actuellement.

Mes définitions s’inspirent essentiellement, ou sont des citations plus ou moins littérales de 2 livres de référence :

- Vocabulaire de la psychanalyse de Laplanche et Pontalis.

- Mécanismes de défense de S. Ionescu, M.-M Jacquet et C. Lhote

J’ai inséré des exemples pour une approche plus concrète. Ils rendent plus vivantes ces notions et favorisent l’activité de la mémoire.


LE REFOULEMENT

« Le refoulement est une sorte d’oubli qui se distingue des autres par la difficulté avec laquelle le souvenir est évoqué, même au prix des sollicitations extérieures les plus impérieuses, comme si une résistance interne s’opposait à cette reviviscence. » (Freud) Plus techniquement, c’est l’opération par laquelle le sujet cherche à repousser ou à maintenir dans l’inconscient des représentations (pensées, images, souvenirs) liés à une pulsion. Le refoulement se produit dans le cas où la satisfaction d’une pulsion risquerait de provoquer du déplaisir à l’égard d’autres exigences.

Le refoulement est susceptible de variations très amples dans sa forme et dans son rôle. Il peut se traduire par un vide, un « blanc », ou par de faux souvenirs ainsi que par des « souvenirs écrans » (sortes de matériel de remplacement).

Le retour du refoulé, sa tendance à se manifester, montrent la permanence de la situation d’origine (ex. les lapsus).

Le refoulement est particulièrement manifeste dans l’hystérie, mais il joue aussi un rôle majeur dans les autres affections mentales ainsi qu’en psychologie normale. Chez les borderlines, qui ont un déficit du refoulement, on peut voir l’importance de la déficience de cette instance psychique qui peut ôter aux pulsions leur dangerosité (passages à l’acte = acting out).

Mais le refoulement peut être considéré comme un processus psychique normal, universel en tant qu’il serait à l’origine de la constitution de l’inconscient comme domaine déparé du reste du psychisme.

Insistons qu’il est présent chez tout un chacun dans la vie quotidienne. La « politique de l’autruche » est un phénomène courant pour ne pas trop s’angoisser devant une situation par trop menaçante. Bref la fréquente nocivité du refoulement ne doit pas nous faire oublier qu’il existe un refoulement utile et sain.

Exemple clinique en ANNEXE 2


LA REGRESSION

La régression consiste en un retour – plus ou moins organisé et transitoire – à des modes d’expression antérieurs de la pensée, des comportements ou des relation objectales**, face à un danger interne ou externe susceptible de provoquer un excès d’angoisse ou de frustration. Ces comportements et modes d’expression régressifs sont d’un niveau inférieur quant à la complexité, la structuration et la différentiation.

Quand on parle, de régression ou de fixation au stade oral ou anal, on fait référence aux différents stades du développements de l’enfant, entre 0 et 5-6 ans, décrits par les psychanalystes. Les quatre grands stades sont 1° oral ; 2° anal ; 3° phallique ; 4° génital ou oedipien.

On ne peut pas faire d’intersections avec d’autres écoles connues qui décrivent aussi différents stades, comme l’épistémologie génétique de Piaget (étude de la cognition).

Un stade en psychanalyse est une organisation transitoire de la psyche caractérisée par un investissement particulier de la libido sur une zone dite érogène (dont la définition freudienne très sexualisée, s’est élargie chez Jung juqu’à désigner « l’énergie psychique » en général, tout ce qui est « tendance vers », appétit) , mais aussi un type de relations et de conflits.

Exemple clinique en ANNEXE 2

** objectal vient du sens large du mot objet en ce qu’il signifie ce vers quoi se dirige le besoin, la pulsion, le désir du sujet. En psychanalyse, l’objet désigne aussi bien une personne qu’un objet, comme dans les expressions « objet de ma flamme », « objet de mon ressentiment »


LA FORMATION REACTIONNELLE


La formation réactionnelle consiste en une attitude ou un habitus psychologique de sens opposé à un désir refoulé. Elle est donc un contre-investissement dans le champ de la conscience d’un élément contraire « oublié » dans l’inconscient.

Les formations réactionnelles peuvent être très localisées et se manifester par un comportement particulier, ou généralisées jusqu’à constituer des traits de caractère plus ou moins intégrés à l’ensemble de la personnalité.

Du point de vue clinique, les formations réactionnelles prennent valeur symptomatique dans ce qu’elles offrent de rigide, de forcé, de compulsionnel, et aussi par le fait qu’elles aboutissent parfois directement à un résultat inverse à celui qui est consciemment recherché.

Exemple : Je suis un patient depuis plusieurs années pour une dépression récurrente avec des rechutes qui lui ont valu plusieurs hospitalisation.

En rémission complète, cet homme d’une quarantaine d’année présente pourtant une organisation de la personnalité qui rend la relation pénible et frustrante alors que « tout va bien » puisqu’il n’a plus de symptômes dépressifs. Mais il est toujours incapable de nouer une relation sentimentale suivie, sans que ça puisse être reconnu par lui comme un réel problème. Il passe son temps à me démontrer que tout va bien pour lui, avec une attitude extrêmement rigide et sentencieuse, me disant par ailleurs l’importance qu’il accorde au mariage. S’il reconnaît parfois que ça peut lui occasionner des difficultés c’est pour mieux m’expliquer « que ça serait un problème pour quelqu’un d’autre », mais pas pour lui qui en a la parade. Ses solutions ont souvent une forte connotation obsessionnelle, du genre, il faut vraiment que j’organise mieux mon agenda, malgré mon importante activité professionnelle, pour avoir plus de temps à passer avec des filles, refoulant qu’il est entouré d’amies avec qui il ne peut entretenir que des relations amicales ou de copinage.

Si j’attire fortement son attention sur la question qui pose problème, il ne devient pas ouvertement agressif, mais convientavec bonheur que je suis un bon thérapeute, et que puisque nous avons nommé le problème, il est quasi résolu. Une vraie démarche psychothérapique plus en profondeur n’est pas nécessaire.

A son travail, tout va vraiment très bien. Il ne sait trop insister sur la bonne relation qu’il a avec ses supérieurs hiérarchiques qu’il qualifie de remarquables, mais à qui il n’ose pas demander un rendez-vous normal pour régler une question épineuse. J’apprends accidentellement qu’un rival dont il me vantait les troubles dépressifs évidents est en train de prendre des responsabilités professionnelles qui lui ont été retirées.

La formation réactionnelle est devenue un trait de caractère, presqu’un style personnel, chez ce patient qui n’a par ailleurs pas de symptôme névrotique spécifique, obsessionnel, phobique ou autre.


L’ISOLATION

Le terme isolation recouvre deux sens. Il peut désigner :

- une élimination de l’affect lié à une représentation (souvenir, idée, pensée)

- une séparation artificielle entre deux pensées ou deux comportements qui en réalité sont liés, leur relation ne pouvant être reconnue sans angoisse par la personne.

Une image illustrera le premier sens du terme isolation. Dans la vie courante, isoler un logement , c’est le séparer d’une source de froid, de chaleur ou de bruit. La température extérieure n’est pas supprimée, mais on protège l’intérieur de la maison. De même l’isolation-défense refroidit, pour ainsi-dire, la représentation, puisque celle-ci se trouve privée de la chaleur de l’affect : on parvient à parler de faits émouvants avec un calme parfait. « Il ne reste dans le souvenir conscient qu’un contenu représentatif indifférent et apparemment sans importance »

L’isolation est, en pathologie, particulièrement active chez le sujet obsessionnel.

Exemples :

L’isolation est un mécanisme qui peut s’exercer normalement quand on se concentre volontairement ; il effectue un grand travail chez moi maintenant pour maintenir le cours de mes pensées sur le travail que je suis en train de faire, sans que mon attention se concentre trop sur ma faim et le fait que j’ai les yeux qui piquent un peu, signe d’une indéniable fatigue.

-Cf ANNEXE 2.


L’ANNULATION RETROACTIVE

Il s’agit d’une défense qui est pratiquement une compulsion d’allure magique, particulièrement caractéristique de la névrose obsessionnelle.

La définition en est assez précise et recouvre des réalités peu compatibles avec un fonctionnement normal : mécanisme psychologique par lequel le sujet s’efforce de faire en sorte que ses pensées ne soient pas advenues ; il utilise pour cela une pensée ou un comportement ayant une signification opposée.

Exemple : un jeune paysan dans la trentaine était venu me trouver il y à quelques années dans le contexte de la reprise du domaine paternel qui se faisait de façon conflictuelle. Après la résolution du conflit avec son père qui permit une bonne évolution de la crise, il persista chez le patient un symptôme très gênant d’annulation rétroactive typique, qui avait débuté 20 ans plus tôt et avait évolué à bas bruit.

A 12 ans, son père avait été victime d’un malaise subit qui avait entraîné l’arrivée bruyante à la maison d’une ambulance qui avait rapidement amené son père vers l’hôpital. L’enfant ressentit une terrible angoisse avec la certitude que son père allait mourir et qu’il en était responsable par des colères impulsives qu’il n’avait su réprimer à l’encontre de ce dernier. Tout de suite lui vint à l’esprit l’idée qu’il devait repérer l’action exacte qu’il était en train d’opérer à l’instant précis où cette idée de la mort du père était parvenue à sa conscience. Ce repérage devait être complété par la répétition de cet acte sans la moindre trace de cette idée. Opération pratiquement irréalisable parfaitement, donc à répéter de multiples fois jusqu’à impossible satisfaction.

Ceci constituait sur le plan DSM un véritable TOC


LA PROJECTION

Peut-être le plus ancien des mécanismes de défense connus, qui se manifeste déjà dans les premières religion du monde et les mythologies, comme des motivations internes projetées dans le monde.

C’est l’opération par laquelle le sujet expulse dans le monde extérieur des pensées, affects désirs qu’il méconnaît ou refuse en lui et qu’il attribue à d’autres, personnes ou choses de son environnement.

C’est sur la projection que se base le classique test psychologique de Rorschach qui s’intitule d’ailleurs épreuves projectives.

Chez le paranoïaque, la projectivité fonde toute la pathologie. Le Moi, pauvre, se projette à l’extérieur pour se donner l’illusion d’exister.

Exemple : je pense qu’il est difficile de passer une journée sans voir un bel exemple, dans notre consultation ou/et notre vie privée, d’attitude projective.

J’en donne un survenu cette semaine :

Mme A, que j’ai vue il y a 15 ans pour le traitement d’une dépression, me retéléphone pour un rendez-vous. Elle me précise que ce n’est pas pour elle mais pour sa fille de 11 ans qui lui fait beaucoup de souci. Elle s’oppose toutefois à ma proposition d’un nom de pédopsychiatre. Elle souhaiterait en tous cas, avant, que je voie la fillette pour confirmer l’indication à un traitement pédo-psy, en insistant sur le crédit de confiance qu’elle m’accorde.

Je les vois donc ensemble. Au cours de l’entretien, il s’avère que la fille se sent bien dans sa peau. Elle s’exprime clairement, ses affects sont bien modulés. Elle précise que c’est quand même des fois pénible à la maison quand sa maman est trop fatiguée.

Quand je donne la parole à la mère, elle se trouve rapidement en larmes en exprimant la souffrance qu’elle éprouve à savoir sa fille rejetée par ses camarades de classe et même ses enseignants, en précisant, à ma demande, qu’avec la maîtresse actuelle ça va très bien. En voyant sa mère pleurer, la fille retient stoïquement son chagrin, qui ne s’exprime en larmes libératrices, que lorsque je lui tends une perche qui la libère de son rôle parentifié.

Le dénouement est favorable avec un nouveau rendez-vous pour la mère et un merci chaleureux à la petite qui me laisse un magnifique conte d’enfant illustré par un beau dessin, effectué dans la salle d’attente pendant la fin de l’entretien avec sa mère seulement.


L’INTROJECTION

La définition de « Laplanche et Pontalis » est un peu sèche mais claire et précise : « processus mis en évidence par l’investigation analytique : le sujet fais passer du « dehors » au « dedans » des objets et des qualités inhérentes à ces objets. »

L’introjection est proche de l’incorporation (qu’on retrouve comme comportement magique dans certains cannibalismes), mais en est une évolution plus différentiée qui ne se réduit pas à la dimension corporelle.

C’est un concept défini en symétrie avec la projection : « tandis que le paranoïaque expulse de son moi les tendances devenues déplaisantes, le névrosé cherche la solution en faisant entrer dans son moi la plus grande partie possible du monde extérieur, en en faisant l’objet de fantasmes inconscients. On peut donc donner à ce processus , en contraste avec la projection, le nom d’introjection » (Ferenczi)

L’introjection joue un rôle important dans le développement normal de l’enfant, vu avec les yeux de la psychanalyse.



LE RETOURNEMENT CONTRE SOI
et
LA TRANSFORMATION DE LA PULSION EN SON CONTRAIRE

Le retournement contre soi, c’est le refus inconscient par un sujet de sa propre agressivité, qu’il détourne d’autrui pour la reporter sur lui-même. Ce mécanisme de défense peut être à la source de sentiments de culpabilité, d’un besoin de punition, d’une névrose d’échec, et de tentatives de suicide.

Certaines personnes, ne pouvant supporter de se voir agressive, se débarrassent de leur colère en se maltraitant comme si elles étaient elles-mêmes leur propre ennemi.

Ce mécanisme est systématiquement lié à la transformation de la pulsion en son contraire, c’est le renversement de l’agressivité en culpabilité, de l’activité en passivité.

Exemple : Une patiente de 50 ans que je suis en psychothérapie souffre terriblement de cette tendance qui lui donne un comportement masochiste évident. Devant chaque agression extérieure elle réussit à ne pas reconnaître et exprimer elle-même sa légitime colère. Elle parvient toujours à se convaincre qu’elle est la vraie coupable. Son mari, au contraire, semble parfois avoir un défaut complet de censure morale et même de culpabilité.

Quand le couple doit vendre la maison à cause d’une malversation de l’associé de Monsieur (qu’il avait choisi sur la seule base de son nom connu, dont Mme se méfiait et qui s’est finalement avéré être un escroc), c’est Mme qui s’est sentie très coupable de ne pas être capable de retravailler (en plus du ménage pour une famille de cinq), ce que Monsieur et ses banquiers, avec qui il semblait faire alliance, exigeaient. Quand Monsieur a eu des accidents sexuels pervers qui ne l’ont guère (extérieurement en tous cas) culpabilisé, tout au plus momentanément angoissé par peur du SIDA, c’est Madame qui s’est longuement rongé les sangs. C’était de sa faute, vu son manque d’attrait pour la sexualité.

A chaque fois, elle déprime profondément, sur un mode teinté de mélancolie avec un violent désir de s’auto-mutiler et avec des tendances suicidaires graves. Ce comportement entraîne un cercle vicieux : au lieu de mettre des limites à son mari, elle s’enferme dans la passivité et c’est lui qui a la mission de la « secouer » puisqu’elle se laisse aller.


LA SUBLIMATION

Ce terme a également été introduit par Freud. Il n’est presque plus besoin d’en donner une définition tant il est entré dans le langage courant.

Rappelons tout de même qu’il s’agit pour lui d’un processus par lequel l’énergie d’une pulsion sexuelle ou agressive est dérivée vers des activités valorisées socialement (intellectuelles, artistiques, etc..). La pulsion se détourne alors de son objet et de son but (érotique ou agressif) primitifs, mais sans être refoulée.

La sublimation doit être distinguées de la simple socialisation où il n’y a pas abandon des besoins pulsionnels, mais transformation de la satisfaction qui leur est attachée, tout en restant dans l’atmosphère de la tendance négative : le pompier est « sous le charme » du feu, le boucher fasciné par le sang, etc..

C’est plus à cette « socialisation » qu’il faut rattacher la définition DSM IV de la sublimation : elle parle de canalisation de pulsions, ou d’affects mal adaptés vers des comportements acceptables. Le DSM donne l’exemple de la dérivation de pulsions agressives vers des sports de combat.

Il ne faut pas confondre non plus la sublimation avec l’intellectualisation, malgré leur ressemblance apparente. Cette dernière permet d’éviter de souffrir d’un conflit en n’envisageant que ses aspects cognitifs avec détachement et objectivité.

Est-ce une tendance normale ? Plus que cela, beaucoup d’auteurs se demandent même si elle est une défense, ou seulement un mécanisme normal du moi qui n’aurait rien à voir avec la névrose.

Je n’entre pas dans les interminables discussions sur la sexualité et la sublimation qu’on trouve tant les milieux artistiques que psychologique. Je ne citerai que deux points de vue extrêmes :

- le pessimisme de Zorn, qui n’aurait jamais eu de relations sexuelles et qui dit que « l’art n’est qu’un symptôme d’une vitalité déficiente, et la poésie, la conséquence de la frustration et l’aveu de la défaite.

- la prescription (ailleurs contredite par lui-même ) par Freud de l’abstinence sexuelle pour les savants à qui elle serait favorable. (Heureusement que Freud n’a pas laissé que des recettes aussi douteuses !)


LE DENI

C’est un concept qui est entré dans les mœurs grâce aux précurseurs de la médecine palliative, comme Kübler-Ross, qui a décrit les stades défensifs qui conduisent à un mort sereine finalement. On a repris ces stades pour l’acceptation de la maladie dans toutes les branches de la médecine, chez ceux qui accordent une juste importance à la psychologie médicale.

Simplement, le déni, c’est l’action de refuser la réalité d’une perception vécue comme dangereuse ou douloureuse pour le moi.

Exemple : un homme de 65 ans, après avoir subi avec très peu de plaintes les épreuves d’une longue évolution cancéreuse se retrouva hospitalisé dans une situation critique. Des métastases médiastinales avaient envahi son œsophage. Il ne pouvait quasi plus rien ingérer. Et il parlait comme un enfant confiant de son prochain retour à la maison à sa famille éplorée qui savait sa fin prochaine.



CONCLUSION


J’ai fait cette présentation, sans esprit de clocher, avec cœur et honnêteté, j’espère, en particulier à l’égard de la psychanalyse, avec qui, avouons-le, je ne suis pas en bons termes pour tout. Mais essayer de trier l’ivraie du bon grain, sans imprudence naïve, me paraît plus constructif que la guerre à outrance qui vise l’anéantissement de l’autre au nom des défauts qu’on lui trouve et qui constitue un visage de l’intégrisme.

Clairement, je pense que la psychanalyse a des moyens techniques intéressants et intégrables heureusement dans une approche psychologique plus globale.

Mais quand elle se veut une anthropologie exhaustive, ou la dépositaire du Sens (en imposant le déni de sa religieuse irréligiosité). Alors non !

La majorité en Occident a refoulé qu’elle s’appelait elle-même autrefois « la Chrétienté ». Il n’est qu’à puiser dans notre culture, en dehors de toutes considération de foi, pour trouver un surabondance du Sens, chez des auteurs bien plus inspirés et capables d’une vraie vision transcendante de la destinée humaine, sans laquelle il me paraît impossible de s’élever au dessus de l’absurde.

L’alpha et l’oméga de l’homme c’est le Christ, qu’on le dise explicitement ou explicitement qu’on le refoule, le dénie. Tout ce qui contredit cela dans les sciences humaines est tout simplement faux. Mais ce Credo ne se propose qu’avec une attitude fraternelle dans le respect de la liberté de l’autre, si possible dans l’amitié, mais jamais par la force, physique ou intellectuelle.



LIVRES DE REFERENCE

Vocabulaire de la psychanalyse de J. Laplanche et J.B. Pontalis, PUF, 2e ed. 1998

Les Mécanismes de Défense de Serban Ionescu, Marie-Madeleine Jacquet, Claude Lhote, Ed.Nathan, Paris 1997.







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